Loin des laboratoires traditionnels, c'est dans les profondeurs de l'océan que des chercheurs de Brest ont peut-être trouvé une réponse à des pathologies dévastatrices. Une collaboration entre le Laboratoire des sciences de l’environnement marin (Lemar) et le Laboratoire de traitement de l’information médicale (LaTim) a mis en lumière le potentiel thérapeutique exceptionnel de substances naturelles marines. Leurs travaux, menés depuis 2019 dans le cadre du projet Proteomar, se concentrent sur des organismes collectés au large de la Polynésie française et de Wallis et Futuna.

Comment ces organismes marins combattent-ils les maladies à prions ?

Le mécanisme d'action est fascinant. Les recherches se sont focalisées sur les prions, des protéines naturellement présentes dans le corps humain. Pour des raisons encore mal comprises, ces prions peuvent adopter une structure anormale qui les rend toxiques et pathogènes, provoquant des maladies neurodégénératives.

e?ponge de mer.

L'équipe scientifique a découvert que certaines molécules extraites des éponges marines possèdent la capacité d'intervenir dans ce processus. Elles peuvent ralentir, voire totalement bloquer, la propagation de ces prions nocifs. Cette découverte constitue une avancée majeure pour des affections comme la maladie de Creutzfeldt-Jakob, Parkinson ou Alzheimer, pour lesquelles il n'existe à ce jour aucun traitement curatif.

Quel est le potentiel de cette découverte pour les pathologies pédiatriques ?

Les bienfaits de ces éponges ne s'arrêtent pas là. Parallèlement, au sein d'un consortium du Cancéropôle Grand Ouest via le projet Mereos, les chercheurs brestois ont exploré l'efficacité de ces mêmes ressources marines contre des formes agressives de cancers.

Les résultats sont tout aussi prometteurs. Plusieurs molécules isolées se sont montrées capables d'agir sur l'ostéosarcome pédiatrique, un cancer des os touchant les enfants. L'action ciblée se situerait au niveau des enzymes et des canaux calciques des cellules cancéreuses, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques pour ces jeunes patients.

e?ponge marine

Quelles sont les prochaines étapes avant un médicament ?

Malgré ces résultats encourageants, le chemin est encore long et complexe avant de voir un médicament disponible en pharmacie. La première grande étape a été franchie avec le dépôt d'un brevet en France en 2024, puis étendu au niveau européen. Cette protection juridique est essentielle pour attirer l'attention du secteur industriel.

Désormais, le projet doit séduire une entreprise pharmaceutique. Celle-ci devra prendre en charge le développement de ces molécules, soit en achetant le brevet, soit en obtenant une licence. S'ensuivront alors les différentes phases d'études cliniques, un processus rigoureux qui pourrait prendre entre dix et quinze ans. L'équipe reste cependant confiante, considérant le brevet comme une validation majeure de la solidité de ses travaux.

Source : Le Télégramme